- Bonjour Violette, vous êtes prête ?
Violette ne prit même pas la peine de tourner les
yeux vers la porte de la pièce.
- Non, je ne sors pas aujourd’hui.
- Mais vous savez pourtant qu’il faut faire un
peu d’exercice chaque jour. À votre âge,…
- À mon âge, mademoiselle, on ne se laisse plus
dicter sa conduite depuis bien longtemps. Et puis, j’ai des choses bien plus
urgentes à faire.
- Allons, faites un effort, nous sommes jeudi
aujourd’hui, nous allons à l’infothèque.
- Bon sang, l’infothèque ! Aller encore
poser son cul devant un écran d’ordinateur… Comme si je ne l’avais pas fait
assez ! Et vous appelez ça faire de l’exercice ? Ah oui, quand
j’étais gamine, parcourir les Chiroux d’un bout à l’autre, les bras chargés de
livres qui sentaient bon la poussière, … Ah ben ça c’était de l’exercice !
Mais là, aller s’agglutiner autour d’un comptoir et demander qu’on daigne nous
télécharger une version épurée et édulcorée du dernier polar sorti d’on ne sait
où, mais qu’il ne faut pas manquer.
Violette fait une pause, elle réfléchit. Puis
repart avec enthousiasme.
- Mais oui, j’y pense, il paraît qu’on a
retravaillé l’intégrale du Trône de Fer. Évidemment, on a supprimé toutes les
scènes de sexe, les passages trop violents et tous les débordements
fantasmagoriques. Elle tient maintenant, si je ne me trompe, en trois tomes.
C’est bien cela ? Ah ! Ça va quand même être plus agréable à lire… et
plus rapide.
La jeune femme lui sourit gentiment.
- Alors venez, dépêchez-vous. Enfilez votre
manteau, il fait froid. Les autres nous attendent.
Violette hésite un instant, perplexe. Puis elle adresse
à la demoiselle son regard malicieux et éclate de rire.
- Et vous y avez cru !? Non mais, vous êtes
encore plus stupide que vous en avez l’air, ma pauvre fille. Le deuxième degré,
ça vous dit quelque chose ? Et l’ironie ? Non, je vous arrête, ce
n’est pas la maladie qui a emporté la voisine du 71 l’an dernier. Solange
n’avait aucun humour, ni aucun savoir vivre… ni mourir d’ailleurs, la vieille
chouette.
- Violette, ne soyez pas si agressive !
- Sinon quoi ? Oh, je n’ai jamais beaucoup
aimé tenir ma langue, pourquoi le faire maintenant ? Allez-y, faites donc
venir Norbert et sa grande seringue juste pour rire. Vous voulez savoir où il
peut se la planter, sa seringue ?
- Oh, Violette.
Le pourpre dont ses joues brûlent littéralement semble
irradier la blancheur de sa toilette. Outrée, la jeune femme tourne les talons.
Violette sourit. Encore une victoire de
remportée. Il n’y en aura plus beaucoup. Mieux vaut savourer chacune d’elles.
Elle avance calmement jusqu’à la fenêtre. Dehors,
l’herbe commence à pâlir. Les flocons s’y accrochent comme des poils de chat à
un pantalon neuf. Bientôt les enfants sortiront pour jouer dans la neige.
Heureusement, Mélodie n’est plus une enfant.
Combien de fois viendra-t-elle encore ?
Combien de fois l’embrassera-t-elle encore sur le front avec une tendresse
infinie ?
La semaine dernière, elle lui a annoncé une
grande nouvelle : la cinquième fournée est en route !
Malheureusement, huit mois, c’est long.
C'est très long, huit mois, surtout maintenant.
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